L’esprit du Festival

La vie tout entière est musique.

Elle se nourrit de moments forts comme de temps faibles, de notes touchantes et de silences pesants, qui s’entrechoquent puis s’entremêlent. On se doit de les jouer en harmonie afin que cette partition de notre existence ne se résume pas à la dissonance d’un bruit ; à condition bien sûr de rester toujours à la baguette de son destin ce qui, a contrario du chef d’orchestre, ne va pas, loin s’en faut, de soi.

Comme la musique, la vie joue ses gammes, son solfège, son tempo allegreto ma non troppo et avec le même génie venu mélanger ses propres influences pour en réinventer sans cesse le style de courants nouveaux. Pour autant, comme la musique, la vie ne se satisfait pas de la seule rigueur métronomique. Au contraire. Elle se complaît à improviser, à changer, sans crier gare, le rythme auquel on doit la suivre, les clefs et les codes. De soupirs en (ani)croches, de syncopes en contrepoints, les lignes qu’elle anime en nous bougent, dansent et virevoltent tels l’archet du violoncelliste ou les mains du pianiste, entre les accords majeurs de nos succès et les bémols, forcément mineurs, de nos coups de « blues ».

Quand elle s’offre de la sorte, la musique, comme la vie, est exaltée. Exaltante. À la fois classique et contemporaine, pénétrante et déferlante, sage et bohème. « Puissante spirituellement et émotionnellement », pour paraphraser Joshua Bell. Transcendante. À l’unisson du violon de Jasha Heifetz lorsqu’il donna envie à André Boröcz, l’entendant jouer la deuxième partita de Bach par l’entremise d’un poste de radio sur le parvis Saint-Michel, d’y créer le Festival de musique de Menton dont nous fêtons le 69e anniversaire.

Un Festival d’été, puisqu’ici tant la musique que la vie s’imprègnent pour le mieux de l’énergie chaude d’une nuit alanguie à la lueur des étoiles. Surtout un Festival au(x) grand(s) air(s), de ceux qui soufflent entre les façades de la Basilique Saint-Michel Archange et qui portent les sons de l’éternité. Les voix aussi. Avec elles, les cordes et les vents s’élèvent dans l’écrin du lieu ; ils touchent les cœurs du public, en communion avec les monstres sacrés de la musique que Menton a l’honneur d’accueillir depuis l’origine.

Que de temps passé là à rêver, à aimer, et à méditer ! Sur la chance, unique et précieuse puisque rare, de vivre chaque année ces moments de grâce auxquels nous invitent une fois de plus Paul-Emmanuel Thomas, directeur artistique du Festival, et l’ensemble des artistes avec le soutien des services de la Ville de Menton.

Ici plus qu’ailleurs, on viendra pour le tourbillon de notes autant que pour la magie d’une ambiance. Pour la symphonie de sons et de couleurs, autant que pour le souvenir d’une mélodie interprétée de mains de maîtres. Nul doute que le Festival de Musique 2018 de Menton saura, cette année encore, vous emporter dans un carrousel d’émotions.

Je vous invite à y revenir chaque soir, comme un accomplissement sans cesse réinventé de ce bonheur que seule la musique nous offre. Comme la vie. Tout simplement.

Jean-Claude Guibal
Maire de Menton
Président de la Communauté d’Agglomération de la Riviera Française

LES PARTENAIRES DU FESTIVAL